« (Re)conquête »
Au cœur de la cour de Gnomingrad, Egar avait réunis tous les mercenaires, les gardiens du palais, derniers fidèles de la CGT après le Grand Exode de ses membres. Du haut du premier balcon du palais, le chef de la garde contemplait ses cinq cents gnomes avec fierté. Il avait su les garder fidèles à son seigneur et à ses idéaux, il savait que, comme lui, ils le suivraient jusqu’en enfer.
- Mes frères !!!, hurla-t-il afin de capter l’attention de tous. Aujourd’hui est un grand jour ! Aujourd’hui est le premier jour d’un nouvel ordre ! Aujourd’hui est le jour où le destin s’est mis en marche ! Au nom de Keyzer !!!
- Keyzer vit dans la mort !!! hurla la foule des gardes d’une seule voix.
Les funérailles de Keyzer sur le la Teldecandia avaient été le début d’un nouveau culte au sein de la CGT. Considéré par beaucoup de gnomes comme le Messie, les CGT avaient refusé de voir ces funérailles comme la fin de son existence. Si son corps avait bien été brûlé sur la barque enflammée, on s’était mis à croire que son âme était restée intacte, et continuait son existence dans un autre plan, attendant son retour en Lorndor. Si sa disparition était effective, sa mort était niée car le messie ne peut mourir. Ainsi apparut cette expression qui devint le signe de ralliement de tous les CGT, « Keyzer vit dans la mort ».
- Au nom de Keyzer !!! répéta Edgar
- Keyzer vit dans la mort !! reprit frénétiquement la foule surexcitée
- Au nom de Keyzer !!!
- Keyzer vit dans la mort !!
- Keyzer est en vie…
La voix calme et sereine de Keyzer résonna dans toute la cours, créant un silence assourdissant seulement perturbé par l’ouverture des lourdes portes de bois du palais. Keyzer apparaissait dans son plus bel apparat de cérémonie, un sourire satisfait sur le visage. Personne ne dit un mot pendant plusieurs secondes puis le choc de l’apparition digéré, la foule hurla de plus belle pour manifester son euphorie. Keyzer jubilait, tout se passait comme il l’avait prévu et son discours allait enfoncer le clou.
« Réjouissez vous mon peuple, je suis de retour et plus jamais je ne vous quitterai… Les démons ont pensé me détruire mais on ne peut tuer le Messie. Oui, je suis de retour plus puissant que jamais. Il est temps pour vous de marcher à mes côtés vers notre grand idéal. Mon peuple, ne craignez plus la mort car pour vous je l’ai affrontée ! Pour vous je l’ai vaincue !! Et pour vous je suis devenu un Dieu !!! »
La foule était en liesse, buvant les paroles de son nouveau Dieu et Keyzer approchait l’extase. Il pouvait sentir ce doux parfum de vénération qui lui avait tant manqué. Toute sa vie il avait construit son image de Messie, sa mort avait sonné une nouvelle étape dans sa quête de pouvoir. Il avait défié la mort et repoussé à jamais les limites de son ego ; désormais il serait un Dieu.
« Nous allons marcher vers notre futur et personne ne saura nous arrêter car on ne peut faire obstacle au destin ! Réjouissez-vous, vous êtes mon peuple béni ! Vous êtes les élus de ce nouveau monde qui se dessine ; un monde de paix, lavé de toute la vermine VPG ! La paix par la destruction ! »
Laissant la foule des mercenaires exprimer sa fougue, Keyzer se retira à l’intérieur du palais pour y régler les derniers détails. Rapidement, Edgar, qui l’avait rejoint, s’empressa de demander ses ordres, prompt à vouloir servir au mieux les intérêts de son Seigneur et Dieu.
- Allons-nous commencer l’extermination dès maintenant, très haut seigneur ?
- J’ai d’autres plans Edgar, d’autres plans bien plus amusants, ironisa Keyzer, nous allons nous mettre au service de l’Inquisition…
- Mais… Mais je croyais que… balbutia le chef de la Garde..
- La CGT, mon œuvre n’est plus que l’ombre d’elle-même… Un Dieu ne peut se permettre de conquérir le monde avec ce poids attaché aux chevilles, aussi divines soient-elles. Non, j’ai médité un plan bien plus digne de moi.
- Ils croient en ces concepts stupides tel que l’Alliance, pourquoi eux ?
- Parce que l’Inquisition dispose de toutes les pièces qui s’assemblent avec mon plan… Ils ont le sang chaud ; bouillonnants dès qu’on évoque le nom de la Horde, ils croient en la pureté de leur camps et sont prêts à exterminer tous ceux qui dévient de ce qu’ils croient être le droit chemin, et surtout ils sont prêts à mourir pour leur cause… Ils sont parfaits, de parfaits petits pantins que je manipulerai dans l’ombre tel un démiurge. Grâce aux actions de ce cher cadavre qui a occupé ce corps en mon absence, ils me font une confiance aveugle… Je me servirai d’eux pour lever les armées de l’Alliance et détruirai la Horde. Puis j’attiserai les flammes de la paranoïa et lancerai l’Inquisition dans une longue campagne de « purification de l’Alliance ». Alors, quand ils ne seront tous plus qu’une poignée, je me révèlerai pour tous les exterminer…
- Le temps de la Paix…
- Oui, par la destruction j’amènerai un monde de paix dans lequel il sera doux me vénérer….
« (Ré)ascension »
La nuit était tombée depuis bien longtemps sur le Temple terrestre de l’Inquisition quand la garde chargée de la relève de nuit entendit au loin ce bruit sourd et répétitif. D’abord imperceptible, le bruit se faisait de plus en plus en plus proche, de plus en plus sourd, de plus en plus inquiétant. La garde ne mit pas longtemps à reconnaître ce bruit caractéristique quoique que bien plus lourd, d’une armée qui marche au pas, ce qui se confirma avec l’apparition des centaines de torches qui scintillaient à l’horizon. Qui pouvait venir en armes et en grande pompe à une telle heure de la nuit si ce n’étaient des ennemis ? L’alerte était donnée, tous étaient à leurs postes, les doigts crispés sur les arcs bandés, prêts à lancer l’attaque au premier ordre.
Peu à peu, l’armée invisible se dévoila, plus de cinq cent mammouths en armures lourdes inondaient le champ de vision des hommes du Temple. Devant eux, on en distinguait un différent des autres, une bête bien plus impressionnante, à la démarche titubante et pourtant précise qui donnait l’impression de chanceler sans jamais pouvoir tomber, une armure rouge sang en guise de carapace.
Sur son fidèle Drunky, Keyzer leva une main et toute son armée s’immobilisa, à quelques mètres de la Herse.
- Ouvrez, je suis de retour…
- Grand Inquisiteur Rezyek ? Mais que se passe-t-il et qui sont…
- Ouvrez, je n’ai pas de temps à perdre…
Le préposé à la herse avait reconnu son supérieur et s’exécuta sur l’instant, laissant le champ libre à Keyzer et ses gnomes. Tous entraient en silence, s’échangeant entre eux des sourires complices et posant un regard hautain et méprisant sur tous les membres de l’Ordre qui passaient à proximité de leurs immenses bestiaux.
Avant que quiconque ait eu le temps de s’interroger, Keyzer avait mis pied à terre et s’avança vers le palais. Sur le seuil de la porte, il s’arrêta un instant.
- Donnez à boire à ces nobles créatures et offrez un repas digne de ce nom à leurs cavaliers.
- Mais qui sont-ils ? osa le garde
- Ma nouvelle garde rapprochée, plaisanta Keyzer en s’engouffrant dans le temple.
Ses jambes connaissaient parfaitement le chemin qu’il devait prendre dans le dédale des couloirs, elles l’avaient fait des milliers de fois mais pour y conduire Rezyek. Keyzer sentait dans tout son corps cette mémoire musculaire, pour la première fois il allait pénétrer en Shangri-La en étant lui-même, lavé de l’immonde personnalité de Rezyek. Il ne pouvait réprimer ce sourire narquois sur son visage tant il pensait à ce qui allait se passer.
Sans même réfléchir, il actionna les divers mécanismes secrets qui activaient le seul passage vers le Hors Monde créé pour l’Inquisition, Shangri-La, la terre des Inquisiteurs et de leurs familles, la tanière où se terraient ceux qu’il venait voir.
Il arrivait finalement devant l’immense porte d’ivoire, dernier rempart avant d’atteindre le Conseil de l’Inquisition, véritable maître de l’Ordre, le dirigeant en secret depuis le Hors Monde. Poussant les deux battants, Keyzer ouvrit le passage sans prendre la peine de cogner pour s’annoncer, marchant sur le tapis rouge d’un pas sûr et résolu.
Il n’avait jamais pu venir ici lui-même mais se rappelait de toutes les fois où Rezyek était venu y faire ses rapports. Les douze colossales statues qui renferment les âmes millénaires des plus Grands Inquisiteurs se dressaient devant lui. Derrières elles, sur un piédestal, masqué par un épais rideau de velours, se dessinait le trône et la silhouette d’Alliance, le dieu déchu qui créa l’Inquisition…
- Nous savons qui tu es, Keyzer, grondèrent les statues d’une seule voix. Nous savions déjà qui tu étais lorsque tu vins ici pour la première fois, lorsque tu te faisais encore appeler Rezyek !
Keyzer posa un genou à terre, le regard vers le sol, humble et pénitent à la plus grande surprise de l’assistance minérale.
- Je sais ô nobles Grands Inquisiteurs. Je ne peux rien cacher au Saint Conseil et je n’y tiens pas…
- Pourquoi es-tu ici, jeune gnome ?
- Pour faire pénitence, pour demander pardon et pour assurer à Alliance mon indéfectible loyauté. Par le passé je me suis laissé aveugler par les plus terribles des démons… Vanité, Colère et Fougue sont leurs noms mais dans la mort j’ai su trouver le remède à ces passions. En servant l’Ordre sous le nom de Rezyek je me suis accompli en tant qu’être et ait comblé un vide qui m’avait manqué tout ce temps, une cause juste à défendre. Aujourd’hui j’ai retrouvé la mémoire et ce qui peut paraître comme un bien est fait mon plus grand malheur. Je me souviens aujourd’hui quelles horreurs j’ai commises, quel être méprisable j’étais… Vivre avec cette mémoire est ma punition pour tous ces crimes et je veux les expier en servant l’Inquisition…
- Pourquoi devrions nous te croire ?
- Si mon apparence a changé, si ma mémoire est revenue, mon cœur lui est resté le même ; c’est le cœur de Rezyek, votre serviteur le plus dévoué. J’ai emmené avec moi cinq cent gnomes, tous de braves combattants prêts à donner leur vie pour ma cause et ma cause est celle d’Alliance.
- Soit…
Une voix grave et chaleureuse raisonna dans l’esprit de Keyzer. Elle semblait venir de nulle part et de partout à la fois, emplissant la pièce et son esprit. C’était la voix d’un dieu, la voix d’Alliance qui enveloppait l’atmosphère d’une tendre compassion.
- Soit, l’Ordre est redevable à Rezyek pour tout ce qu’il a accompli. Keyzer mérite sa chance, l’Inquition pardonne les pécheurs s’ils se repentent sincèrement.
- Alliance a parlé, qu’il en soit ainsi. Va Grand Inquisiteur Keyzer, reprend ta place au sein de l’Ordre et propage l’idéal que nous défendons.
Sans un mot, Keyzer remercia l’assemblée d’un signe de la tête avant de se relever et de quitter la salle. Mais à peine eut-il franchit la porte qu’une voix familière l’interpella.
- « mon cœur lui est resté le même » toussa toussa, dit-elle sur un ton mièvre et ironique, très convaincant, même moi j’ai failli y croire.
- Tu as bien grandi, jeune Térébenthine. Je te revois encore jouant dans le bac à sable de Gnomingrad avec Narvarth, lança Keyzer le sourire dans la voix.
- Vous pensez vraiment qu’il vous a cru ? C’est un Dieu quand même….
- Un ancien dieu, corrigea Keyzer, banni et privé de ses pouvoirs il y a des siècles. Il n’est aujourd’hui rien d’autre qu’un pauvre vieillard sénile au seuil de la mort ; alors que moi…
- Votre plan est quand même très risqué, s’il le découvre…
- Ne t’inquiète pas, tout se passera bien. Tu as parfaitement joué ton rôle ma chère enfant, tu peux être fière de toi.
- Comment pouvez-vous être si sûr de vous ?
- L’omniscience divine jeune Térébenthine, l’Omniscience divine, répéta-t-il en riant.
[Un streap tease à celui qui trouve toutes les références/plagiats/inspirations de ce RP

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Rise my people. I have returned, never to leave your side again.